« Entrée ! »
Émilie fut prise d'un vertige. Tout se mit à tourbillonner autour d'elle. Le paysage devint flou puis disparut. Elle était plongée dans le noir. Le sol se dérobait sous ses pieds. Elle ferma les yeux.
Enfin tout repris place et Émilie ouvrit les yeux. Ils descendirent de la cabine.
« Mais où sont passés Théo et Boro, s'exclama Mme Mahler. Je croyais qu'ils étaient montés. Ah ! Les filous ! »
La cabine s'éclaira alors et les deux garçons apparurent le sourire aux lèvres.
« Et bien, dit Théo. Tu nous oublis maman ?
- Vilains ! lui répondit-elle. Qu'est-ce que vous faisiez ?»
Elle les fixait et dans ses yeux se lisait son mécontentement.
« Venez » chuchota Boro aux deux filles.
Émilie se retourna et découvrit le petit village grouillant de créatures extraordinaires. Un peu plus loin se dressait une cabine de transfert d'où partait une immense file d'attente. La plupart des magiciens, portaient des grands sacs chargés. L'allée menant sur la place était encombrée par des stands de toutes tailles. Il y en avait de tous les côtés. C'était fantastique !
Boro les entraîna vers un bar dont l'enseigne annonçait : "Le voyageur". Ils poussèrent la lourde porte et partirent s'asseoir dans un coin à l'ombre de la chaleur suffocante qui régnait dehors. Des objets mystérieux envoyaient de l'air frais dans la petite pièce.
« Dites donc, demanda Lou. Pourquoi êtes-vous arrivés après ?
- Chut ! s'écrièrent les deux garçons. On a juste pris un peu d'argent de poche.
- Maman ne veut jamais, continua Théo. Elle a peur qu'on dépense tout dans n'importe quoi… mais je pense qu'on est grand maintenant et qu'on est assez responsable. Non ! Nous ne sommes plus des bébés ! »
S t A u b i n s u r l e s E a u x
Il tapa du poing sur la table. L'attention des autres clients se tourna vers eux et Lou chuchota:
« Tu parles, nous, peut-être, mais toi, je ne suis pas sûre. »
Théo lui jeta un regard noir. La clientèle reprit calmement ses bavardages sourds. Théo prit la parole :
« Avec toi, je pense que maman à raison. Tu serais encore incapable de reconnaître quelque chose de dangereux ! Dans le monde de la magie on trouve de tout. Alors, toi, que vas-tu nous découvrir ?
- Ah ! Ah ! Je crois que tu me confonds avec toi mon cher jumeau. Souviens-toi, tu avais pris une..
- Ouais… bon, les coupa Boro. Si vous cessiez de vous chamailler.
- Mais c'est lui, s'exclama Lou.
- Non, c'est elle, renchérit Théo.
- Tous les deux, grogna Boro. Vous pourriez me laisser parler. J'ai remarqué un stand tout à l'heure qui pourrait nous intéresser. Je vous emmène ou pas ?
- Qu'est-ce que c'est, interrogea Émilie. Qu'as-tu vu pour être si mystérieux ? »
En voyant les yeux pétillants d'impatience de ses amis fixés sur lui, Boro continua:
« Sur la grande place il y a…
- Dis, dis, le pressa Lou. Allez ! Raconte !
- Il y a un stand sur … l'Alchimie ! Cela pourra sûrement nous aider. »
Émilie sourit :
« Tu as raison, c'est une bonne idée, peut-être allons nous découvrir quelque chose que nous ayons oubliée. Ce serait dommage de tout rater.
- Oui, grommela Théo. Allons-y tout de suite.
- Je suis d'accord » fit Lou.
Et Émilie approuva d'un signe de tête.
Les quatre adolescents se frayèrent un chemin dans la foule de plus en plus grande. Arrivés sur la grande place, les quatre amis s'arrêtèrent. Tous les stands étaient débordants de magiciens et créatures fantastiques. Émilie aperçut une Naga, être mi-serpent mi-humain ainsi que des nains, lutins, farfadets, djinns et autres petits génies… Mais un terrain était, lui, complètement désertique. Aucun magicien ne venait s'y rendre et c'est au-dessus de ce stand qu'une banderole annonçait:
"L'ALCHIMIE en long et en large, venez découvrir ses mystères."
Émilie, étonnée, l'indiqua à ses amis. Le stand vide n'avait pas belle allure. La tente noire et sombre n'inspirait pas à la curiosité. Les adolescents avaient plutôt envie de fuir ce lieu inquiétant. Courageusement, les amis pénétrèrent sous la toile effrayante. De grands dessins explicatifs, blancs sur noir, s'étendaient sur les côtés. Une écriture maladroite servant de légende les accompagnait. Théo s'en approcha et hasarda une traduction du gribouillis repoussant:
« "Les.. Yeux… de sor… permet... ront, bouill…, hommes… morts… or…vie éter…", je n'arrive pas à lire la suite et le début ne m'encourage pas à essayer. Vous avez entendu ? Des yeux ? Je n'ai pas compris de quelle créature ils proviennent mais c'est dégoûtant!
- Théo, chuchota Lou. Tais-toi… »
Pendant que le jeune homme parlait, une ombre menaçante s'était approchée en glissant doucement ne laissant émettre qu'un faible glissement angoissant provoqué par sa longue cape noire. Une voix grave et grinçante s'éleva de la silhouette:
« Tiens, tiens, des visiteurs ? Vous vous intéressez à l'alchimie ? »
Un silence lui servit de réponse.
« Mais ! s'exclama t-il. Vous n'êtes que des gamins ! Que faites-vous donc ici ! Ce n'est pas un terrain de jeu ! »
Boro fit courageusement un pas et répliqua d'un ton calme qui ne dévoilait pas sa terreur:
« Nous ne sommes pas des gosses comme vous le dites, nous avons quatorze ans et sommes assez grands pour savoir ce que nous voulons. Et je vous signale, que ce n'est pas en accueillant les visiteurs ainsi que du monde viendra visiter ce lieu.
-Bien » fit l'homme en se découvrant.